Le dernier bateau de l’explorateur de Rouen, Cavelier de la Salle, est exposé aux Etats-Unis


 
L’expédition de Cavalier de la Salle vers la Louisiane en 1684. Tableau de Théodore Gudin. Le bateau « La Belle » est à l’extrême gauche. (©Wikimedia Commons)
À renfort de films promotionnels et de dépliants, le musée Bullock à Austin (Texas) informe les touristes de sa plus belle pièce : l’épave de La Belle, le dernier bateau qu’utilisa l’explorateur de Rouen (Seine-Maritime), Robert Cavelier, sieur de la Salle, pour son ultime expédition aux Amériques.

Si le navire bénéfice d’une telle mise en valeur, c’est par son bon état de conservation, mais aussi parce qu’il témoigne d’une histoire extraordinaire. Quand Louis XIV espérait mettre la main sur le cœur de l’Amérique du Nord.

Une des plus importantes découvertes nautiques du siècle

En 1995, grâce à une prospection électronique, des archéologues de la commission historique du Texas, localise une épave sous 5 à 10 m d’eau. Ils se trouvent dans la baie de Matagorda, au bord de l’immense golfe du Mexique. Des plongeurs ressortent du bateau un canon marqué d’une lettre L couronnée : le symbole de Louis XIV.
À coup sûr, les archéologues sont tombés sur une embarcation française. D’après plusieurs autres indices, il s’agit de La Belle, un trois-mâts qui fit partie de l’expédition commandée par Robert Cavelier, sieur de la Salle, en 1684-1687.
Il fallut extraire la coque de la Belle prise dans la vase de la baie de Matagorda. (© Wikimedia Commons)
Les Américains réussissent à extraire l’épave de la vase. Pendant 19 ans, ils traitent le bois qui se désagrégeait au contact de l’air. Depuis 2015, le musée Bullock, consacré à l’histoire du Texas à Austin, expose la découverte. Dans une salle, au premier étage, l’épave voisine avec les nombreux artéfacts retrouvés à l’intérieur : des mousquets, des perles de troc, des ustensiles de cuisine, des outils de charpentier… Autant d’éléments indispensables pour une entreprise de colonisation outre-mer.

Le rêve américain

Au XVIIe siècle, trois grandes puissances (l’Angleterre, l’Espagne et la France) se disputent l’Amérique du Nord, un immense territoire encore largement inconnu des colons européens. Le royaume de France tient l’extrémité orientale du Canada (les rives du Saint-Laurent et Terre-Neuve), mais, sur l’impulsion de l’explorateur Cavelier de la Salle, les horizons s’élargissent soudainement.
Le Rouennais visite les Grands Lacs américains, atteint le Mississippi qu’il descend jusqu’à son embouchure dans le golfe du Mexique. À tous les territoires découverts (le milieu des futurs États-Unis), il donne le nom de Louisiane, en l’honneur de son roi Louis XIV.

La Belle : un trois-mâts de 17 m de long 

Enthousiaste, Cavelier de la Salle se précipite en France pour rapporter la nouvelle à Sa Majesté. Emballé, le Roi-Soleil finance une nouvelle expédition, cette fois pour établir une colonie afin de consolider la possession du bassin du Mississippi. Il y a urgence, car les Espagnols, installés au Mexique et en Floride, pourraient s’emparer de la « Louisiane ».
C’est ainsi que le 24 juillet 1684, part de La Rochelle une flotte de quatre bateaux commandés par Cavelier de la Salle. Parmi les quatre navires, un trois-mâts de 17 m de long : La Belle.

La perte des bateaux

À bord de la flotte prennent place 300 marins, soldats et colons. Ils vont de déconvenue en déconvenue. Première mauvaise nouvelle : près de Saint-Domingue, un des quatre bateaux est capturé par des pirates. Arrivé sur le continent américain, Cavelier de la Salle ne retrouve pas l’embouchure du Mississippi qu’il avait découvert quatre ans auparavant.
Or, c’est à cet endroit stratégique qu’il doit fonder sa colonie. Pendant des mois, lui et ses hommes errent le long du golfe du Mexique à la recherche de l’objectif. En entrant dans la baie de Matagorda, un navire échoue malheureusement sur un banc de sable. Puis un troisième bateau, peu confiant dans l’issue de l’expédition, préfère retourner en France. Pour réussir son projet, Cavelier de la Salle ne dispose plus que de La Belle.
Or, la baie de Matagorda se trouve à 600 km à l’ouest du delta du Mississippi. Le Normand est donc largement à côté de la plaque, mais il ne le sait pas. Il s’obstine dans l’exploration de la baie. Finalement, c’est à proximité qu’il se résout à fonder sa colonie, Fort Saint-Louis.
Les colons s’habituent à leur nouvel environnement, parfois hostile. Rampent des crocodiles et des serpents à sonnettes tandis que les Indiens envoient quelques volées de flèches. Heureusement que les bisons et les poissons des rivières pourvoient abondamment à la nourriture des Français.

L’expédition tourne au tragique et au fiasco

À son tour, La Belle échoue et sombre dans la baie de Matagorda. La raison reste obscure : tempête, fatigue de l’équipage ou ivrognerie du capitaine. Quoi qu’il en soit, la perte du dernier navire de l’expédition est un drame. Cavelier se retrouve isolé sans moyen de rallier les plus proches possessions françaises, les Antilles. Les chances de survie se réduisent considérablement. Déjà que, sur les trois cents Français qui ont quitté La Rochelle, ils ne sont plus que quarante environ.
Cavelier joue sa dernière carte : chercher du secours en partant à pied vers le nord. Il finira par atteindre la région des Grands Lacs où des Français sont établis, espère-t-il. Soit 1500 à 2000 km à parcourir en territoire hostile. 16 hommes le suivent dans cette expédition hasardeuse. Le reste attend à Fort Saint-Louis.
Au cours de la marche, une mutinerie éclate. Cavelier de la Salle est assassiné. Puis les conspirateurs s’entretuent ; d’autres compagnons désertent ou sont victimes des Indiens. Au bout du compte, six colons seulement atteignent le Canada, sains et saufs. Parmi eux, le Rouennais Henri Joutel.
C’est par son récit, publié en 1713, que les Français connaîtront la fin tragique de Cavelier de la Salle et que les Américains parviendront à localiser l’épave de La Belle, plus de 250 ans plus tard.
Informations pratiques :
Le musée Bullock consacre plusieurs pages à l’épave de La Belle. Vous y verrez notamment une vidéo du sauvetage de l’épave par les archéologues et des photos des objets retrouvés. Attention, le site est en anglais.

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